Cycle de conférences

 



Conférences à Nérac - 11 & 12 août 2022

Je réponds à l'invitation de l'Association William Blake France, dirigée par André Furlan, pour tenir à Nérac un cycle de deux conférences sur ma saga familiale. J'étais auparavant intervenu lors de l'exposition nationale des Arts premiers aux mois d'août et septembre 2020, en compagnie de mon épouse, pour exposer nos témoignages sur les traditions des peuples africains au travers de la symbolique des statuettes et des masques zoo-morphes. A l'origine programmés pour deux conférences, nous en avions tenu quatre pour satisfaire la nombreuse assistance.

Eu égard aux températures très élevées durant cette période d'été (40 °C), j'accueille le public par ces mots : "Vous vous trouvez dans une configuration propice au voyage auquel je vous convie dans des pays où les températures sont régulièrement du même ordre". Histoire de "baigner" dans l'atmos-phère.
En préambule, je cite Anatole France : "Une autobiographie ne doit rien à la mode, on y cherche la vérité humaine". Ce propos carac-térise mon entreprise d'écriture en tant que témoin. Témoin assisté grâce aux échanges que j'ai eus avec mon père, témoin actif du fait des souvenirs et du vécu.
Je commence par ma prime enfance à Ouargla, dans le Sahara algérien, qui constitue également le début de la saga.


La majorité des personnes ignore à quoi pouvait ressembler un méhariste et sa compagnie. Leurs missions consistent à effectuer des repérages de déplacements des tribus, des relevés topographiques et des opérations militaires contre les exactions des fellaghas.


Après avoir déroulé ma présentation autour des événements de l'époque (mission dans le Fezzan-Ghadamès, visite du général De gaulle à Edjeleh, Hassi-Messaoud et Ouargla), je raconte la traversée du désert jusqu'à Tamanrasset. 


            

Lorsque je compare nos arrivées à Bayonne pour les vacances en été au déplacement de la smalah d'Abdelkader, le public ne peut s'empêcher d'imaginer le cortège qui transite depuis la gare du quartier Saint-Esprit jusqu'à notre domicile.


Je raconte ma saga en m'affranchissant de la chronologie, ceci afin de coller aux échanges avec mon père d'une part, d'autre part pour dynamiser un récit dont la narration linéaire pourrait lasser l'auditoire.
Je reviens sur l'engagement de mon père à dix-neuf ans, le 19 juillet 1944, dans le Corps franc Pommiès, unité que ses combats contre les Allemands mèneront jusqu'à la prise de Berlin.

Les années qui suivent notre retour en France sont celles de mon intégration dans les milieux écolier, lycéen et universitaire avec en fil rouge la fréquentation du patronage, les études musicales, la pratique de différents sports. Plus évidemment, les fréquentations amoureuses, le service militaire. Je vous laisse découvrir toutes ces péripéties dans mes ouvrages.
L'entrée dans le monde du travail passe par la délocalisation à Paris où, six mois après mon admission dans une société d'affacturage leader du marché français, je suis embauché par Elf Aquitaine. Quelques années plus tard, lorsque j'annonce à mon épouse que je vais être muté au-delà des mers, dans un pays chaud où l'on parle portugais et que nous y partons avant l'été, elle s'écrie : "Au Brésil !" - "Non, en Angola" - "Mais il y la guerre là-bas..."


Nous y séjournons néanmoins environ trois années et demi avant que je ne sois rappelé impromptu en France pour intégrer l'équipe du Siège chargée de la refonte de la branche Exploration-Production puis, ensuite, de contrer l'OPE de Total.
Une fois la fusion actée et la société rebaptisée TotalFinaElf, je suis affecté à Port-Gentil, au Gabon.


Parmi les textes dont je donne lecture au fur et à mesure de la projection des planches, je raconte mon périple dans le Fernan Vaz lors d'un séjour antérieur effectué quinze ans auparavant. A l'ori-gine, il y a la demande du médecin de notre clinique pour livrer un lot de vaccins à la mission Sainte-Anne. La navigation sur le fleuve l'Ogooué ne se mesure pas en distance mais en temps. L'embarcation dépose les villageois au gré des haltes sinueuses au bord des lagunes qui se succèdent. A chaque fois, c'est la liesse du débarquement en retrouvailles et dépôt des marchandises.


Un événement tragique survenu au  Nigeria - le décès brutal du responsable du gréement des futurs Grands projets du Groupe - met fin à nos quatre ans de présence : il m'est demandé de pour-voir à son remplacement à effet immédiat. Deux jours à Paris pour valider mes compétences et direction Port Harcourt pour moi. Car mon épouse doit rester s'occuper du déménagement qui sera scindé en deux pour cause d'indisponibilité de logement au Nigeria (France et Port Harcourt).


Le public vacille légèrement lorsque j'énumère les noms attribués par les Nigérians aux carrefours et routes que nous empruntons quotidiennement sur le trajet Village-Bureaux. Ainsi nous communiquons par talkie-walkie pour nous informer mutuellement de la praticité des itinéraires et tenter d'éviter les embouteillages monstres : carrefour des poubelles, carrefour des voleurs, route des chiffonniers, des ferronniers. En bordure de route, sont exposés parpaings et sacs de ciment, portails et clôtures, portes d'entrée et fenêtres, mobilier, appareils électro-ménager... 


Le Village est entouré d'un mur d'enceinte avec barbelés et miradors. De jour comme de nuit, les rondes de gardes sécurisent le périmètre où vivent des familles de toutes nationalités : Français, Ecossais, Hollandais, Gabonais, Nigérians, Asiatiques. Au gré de l'humeur des communautés locales, il nous est,
à intervalles réguliers, interdit de sortir du village pendant plusieurs jours. D'où une gestion de l'approvi-sionnement à anticiper et des ressources professionnelles à maintenir en état de fonctionnement : télé-communications, informatique.

L'équipe-choc en charge du gréement des Grands projets de la filiale nigériane  - Amenam-Kpono, Ofon 2, Usan-Ukot, Nkarika, Egina, Ikeke, Odudu - dont les développements alimenteront progressivement les réserves d'hydrocarbures du Groupe à partir de 2012.

Alors que nous déambulons sur une des plages d'Anglet en plein mois d'avril afin de profiter des rafraî-chissants embruns atlantiques (trois ans de climat nigérian avec 85 % d'humidité, ça use), je suis requis par le patron des RH du Groupe pour remplacer un cadre supérieur camerounais prévu pour un mouve-ment durable au Siège. Fidèle à mon principe de saisir toute opportunité qui se présente, j'accepte.

Durant notre séjour, nous avons l'honneur d'être invités à la cérémonie du Ngondo, tradition perpétuée par le peuple Sawa "peuple de l'Eau" dont les ancêtres, originaires d'Egypte, se sont installés en pays Douala.


Ce rite est inspiré de l'amphictyonie grecque, ligue à vocation sacrée ayant pour but de veiller à la célébration des fêtes et d'empêcher toute hostilité entre les ethnies. Parallèlement, les esprits du fleuve Wouri sont sollicités pour apporter fécondité, abondance, paix et fraternité. 
Nous serons bénis par aspersion des eaux du fleuve recueillies dans la marmite sacrée.

Le tri phénoménal que j'effectue dans les photos, journaux et revues, cartes, papiers divers, articles découpés dont mon père avait toujours reporté la mise en ordre, me permet de ressortir deux grands cahiers à couverture de toile noire dont la rédaction date des années 1925-1926 : le Carnet de route de mon grand-père paternel, récit écrit à la plume. Je suis stupéfait par la lisibilité de l'encre et la parfaite orthographe des comptes-rendus détaillés. De nombreuses photos aux bords dentelés soigneusement intercalées illustrent la campagne contre les Druzes menée au Liban.

Sur la planche figurent en haut, à gauche la première page du Carnet (on distingue Pierre Saubadine assis à sa table de travail), la carte des opérations militaires, une photo prise avec un éminent chef druze, la compagnie d'infanterie progressant dans les massifs.

Ces événements font partie intégrante de l'histoire de la nation libanaise dont mon grand-père Pierre Saubadine a été un acteur majeur, en compagnie d'une autre officier Basque. Après que la Constitution libanaise dite "de Concordance" a été établie sous l'égide de Georges Clemenceau, le nouvel Etat a demandé à la France de lui envoyer des encadrants démobilisés de l'armée française pour former les premiers soldats libanais : ce sera la 1re compagnie de Chasseurs, socle de la future armée nationale.

Ci-dessous, je reproduis la Une du quotidien "Le Cèdre du Liban" qui relate les victoires de la 1re Compagnie et remercie avec ferveur les deux officiers français pour leurs mérites.
On peut y voir en pied Pierre Saubadine et en buste le commandant Hiriart.


Une phrase a particulièrement retenu mon attention : "et il est reconnu dans le monde entier que pour un Français une parole donnée est une parole sacrée". C'est dire en quelle estime ont été tenus ces deux hommes.



Cette présentation de la saga n'est pas exhaustive. Je n'en ai extrait que quelques épisodes, certes marquants, mais de nombreux autres jalonnent les trois volumes.
Ma curiosité a contribué à la nécessité d'écrire parce que, une fois tous les témoins disparus et sans écrits formalisés, les générations suivantes ignoreraient la destinée qui fut celle de leurs anciens. Et j'ai aussi entrepris ce récit car je me suis senti redevable : redevable de ce que j'ai appris et de ce que j'ai reçu qui ont fait ce que je suis devenu.

J'adresse mes remerciements aux participants pour leur attention et leur patience, et ma reconnaissance aux lectrices et lecteurs qui me suivent depuis le début et répandent leurs éloges et leurs recom-mandations.



             

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Commentaires

  1. Cette conférence fut pédagogique, historique et surtout réaliste. Ce qui manque aujourd'hui à la majorité des reportages.

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