Cycle de conférences - Carnet de route au Grand Liban - 1925-1926
Dans le cadre des conférences qui s'appuient sur les thèmes historiques relatifs à ma saga familiale, "Carnet de route au Grand Liban 1925-1926" en constitue le troisième volet.
La documentation et les photos sont tirées des deux cahiers en toile noire cartonnée que mon grand-père Pierre Saubadine a soigneusement renseignés pendant ses campagnes au Levant. Ces cahiers, mon père les a extraits de son tiroir de bureau où il avait enfoui ce précieux legs dans l'attente d'on ne sait quel moment opportun de transmission... qui est intervenu un jour de printemps 2011.
La situation au Moyen-Orient
Le traité de Sèvres d'avril 1920, précédé des accords Sykes-Picot de 1916, a démembré l'empire ottoman, alors allié des Austro-hongrois et des Allemands et entraîné par eux dans la défaite de la première guerre mondiale.
Quid de la position des Arabes ? L'hostilité n'est pas unanime.
Une partie estime que le pays a besoin des sionistes, argument fondé sur leurs moyens financiers et leurs connaissances, leur capacité de travail et leur volonté de réussir.
Les partisans de la création d'un grand état arabe rejettent la proposition au nom du riche et flamboyant VIIe siècle sous le califat omeyyade de Damas et qu'il rêvent de ressusciter.
Les religieux annoncent que les musulmans ne pourront jamais accepter que Jérusalem soit aux mains des Juifs et qu' "un jour on verra de nouvelles croisades mais musulmanes contre les Juifs".
Le Grand Liban ainsi constitué rassemble sur un même territoire des populations de confessions sunnite, chiite, chrétienne maronite, druze, orthodoxe qui, jusqu'alors, avaient institué un modus vivendi issu du régime capitulaire des Ottomans.
Ayant mené les campagnes du Tchad, du Soudant et de la Mauritanie, le général Henri Gouraud a été nommé par Georges Clemenceau Haut commissaire de la République en Syrie et au Liban.
Ci-dessous l'arrêté extrait du cahier et reproduit :
C'est à l'hôtel de l'Europe que Pierre Saubadine fait connaissance avec le lieutenant Hiriart, un Basque également, qui est chargé du commandement de cette troupe à lever.
Voici ses premières impressions :
L'ensevelissement par torpille me renvoie au livre de Pierre Lemaître "Au revoir, là-haut" lorsqu'il décrit la chute de l'obus tiré par une batterie allemande sur la position retranchée d'Albert sur la ligne de front : "La détonation est incommensurable. Prise d'une convulsion foudroyante, la terre s'ébranle et pousse un grondement massif et lugubre avant de se soulever. Un volcan... Albert regarde en l'air parce que tout s'est obscurci d'un coup. Et là, à la place du ciel, une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérou-ler, presque au ralenti, une immense vague de terre brune. Dans un formidable craquement, la nappe s'abat sur lui... puis la terre arrive, d'abord couvrante et de plus en plus lourde. Le corps d'Albert est cloué au sol. Il est immobilisé, compressé, comprimé. La lumière s'éteint. Tout s'arrête."
J'imagine que c'est ce qu'a dû vivre mon grand-père dans son trou d'obus.
A force de ramdam - journaux, téléphone arabe - ce sont plus de 300 volontaires qui affluent, attirés par une solde régulière qu'ils vont percevoir pendant au moins trois mois (durée de leur engagement) et par le fait d'être vêtus.
Les premières campagnes
Le détachement qui se déplace vers Kéfraya est composé du 4e escadron du 6e Spahi, de la 1re com-pagnie de Chasseurs libanais, des transmissions, d'une ambulance et du convoi auxiliaire de 150 chameaux, capables de porter 130 kilos, et de 50 ânes de bât pour une charge de 60 kilos chacun. Les munitions embarquées dont de 118 caisses et les vivres représentent 4 jours complets de marche.
Le 24 février à 14 heures arrive le télégramme du général Soulé : "La compagnie se portera le 28 février sur Rachaya. Elle est mise à disposition du commandant d'Armes du poste pour rayonner sur la région."
Les bivouacs après les journées de marche permettent de relâcher la tension chez les hommes qui endurent des conditions climatiques éprouvantes : "La pluie recommence à tomber abondamment, nous sommes trempés jusqu'aux os par cette ondée glacée, par cette neige fondue qui nous pénètre. Nous passons le pont du Litani. Ce dernier a débordé... Les chameaux lourdement chargés s'abattent dans cette fange glacée et ne se relèveront plus. Les petits ânes, sans conducteur pour la plupart, tombent aussi dans les trous d'eau. Les hommes les relèvent et ils avancent, masse mouvante qui a l'aspect de cette terre inhospitalière".
"A 5 heures, en nous approchant du village, nous débusquons le Cheik druze de Yahia qui monte la garde entre deux gros blocs de pierre. Il a le temps de donner l'alerte avant d'être maîtrisé et une fusillade furi-euse s'engage dans les rues. Six Druzes sont tués. Les bandits veulent gagner la montagne en passant par les ravins attenants. Là ils tombent sur les deux sections du sous- lieutenant Vallier et perdent quatre hommes. Les autres réussissent à s'enfuir à la faveur des rochers. Total de l'opération : dix ennemis tués et la récupération sur un Druze d'une lettre adressée par le Cheik Chacib Wahab au responsable local Nassib Ariane lui enjoignant de fortifier Yahia jusqu'à ce que les renforts druzes arrivent".
Le 2 juin 1926, à 20 h 30, le Renseignement transmet à la compagnie l'information selon laquelle les Druzes projettent d'attaquer les postes militaires d'Hasbaya et de Cristofini situés à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Beyrouth. Leur effectif serait de l'ordre de 250 à 300 combattants. La note est signé du Chef de bataillon Paoli.
C'est en revenant à Beyrouth que Pierre Saubadine prend connaissance de la Une du quotidien "Le Cèdre du Liban". Il y découvre son portrait en pied qui illustre l'article dédié aux exploits militaires des deux officiers français.
Pierre Saubadine achève son journal de campagne en glosant sur l'avenir de la Palestine. Il se rend en effet dans cette région avant son retour en France et ce qu'il voit le remplit d'hommage envers les Juifs qui sont en train de fertiliser un territoire peu ou mal cultivé avant leur installation (cf. la déclaration Balfour de 1917).
Il est alors loin de penser que cette implantation va durablement installer le ferment d'un conflit interna-tional qui perdure aujourd'hui.
Cette conférence s'appuie sur les événements relatés dans la saga. .
disponible sur commande : philippe.saubadine@orange.fr



















Commentaires
Enregistrer un commentaire